Il y a des villages qu’on ne prévoit pas de visiter. On les découvre presque par hasard, à l’occasion d’un détour, d’une pause-café imprévue ou d’une discussion volée sur le marché d’à côté. Saint-Ennemond, je n’y allais pas. Je le longeais, en revenant d’une randonnée vers le sud de Moulins. Et puis, à un carrefour, ce nom – doux, un peu oublié – s’est glissé sur un panneau. Trois minutes plus tard, j’étais sur la place du village. Et j’ai bien fait de m’arrêter.
Sommaire
ToggleLe cœur du village : entre silence et mémoire
Une église sans prétention, mais pas sans âme
Je suis entré par curiosité dans l’église. Il faisait frais. Une fraîcheur qui n’avait rien de désagréable, plutôt cette sensation de refuge que donnent les vieilles pierres, quand elles ont tout vu sans jamais rien dire. Les bancs étaient vides, le chœur baigné d’une lumière d’hiver filtrée par un vitrail discret.
J’ai fermé les yeux quelques secondes. J’ai repensé à mes grands-parents, à ces messes en latin que mon grand-père connaissait par cœur. Ici, l’église ne cherche pas à impressionner. Elle est là, simplement. Présente, solide, rassurante.
Le château des Beaux Chevriers : silhouette murmurée
On m’avait dit, “va voir le château, tu verras, on ne peut pas le visiter mais il parle quand même.” C’est vrai. En longeant les haies, on aperçoit cette bâtisse imposante, étonnamment discrète malgré ses proportions. Une façade droite, des pierres blondes, une sorte de dignité paysanne, sans frime ni tourelles grotesques.
Je me suis assis sur un muret, juste en face. Il n’y avait personne. Juste le vent qui froissait les branches et quelques corneilles dans les champs. Ce château, je ne l’ai pas visité. Mais je l’ai regardé comme on écoute quelqu’un de silencieux qu’on respecte.
Les ruelles : pas de carte, juste le temps
J’ai toujours préféré me perdre un peu dans les villages. Pas pour jouer au touriste, mais pour me laisser porter. À Saint-Ennemond, il n’y a pas de parcours fléché, pas de boutique de souvenirs. Et c’est très bien comme ça.
Quelques maisons anciennes, un lavoir oublié, une grange où un vieux chien somnolait au soleil. Une dame d’un certain âge arrosait ses géraniums. Je lui ai dit bonjour, elle m’a souri. Elle m’a raconté qu’ici, le vrai bruit de fond, c’est celui des saisons. Et que Saint Ennemond, le saint, avait été évêque à Lyon, martyrisé par les siens. “Pas un mauvais bougre, pour un saint”, m’a-t-elle dit en riant.
Aux alentours : petites pépites du Bourbonnais
L’arboretum de Balaine : silence et géants feuillus
À quinze minutes de route, je suis allé marcher sous les arbres du plus vieil arboretum privé de France. Je connaissais le lieu de nom, mais rien ne remplace la sensation d’y poser le pied soi-même.
Le sol est spongieux, l’air humide. Des érables, des cyprès chauves, des séquoias, tout ça classé, soigné, respecté. J’ai croisé deux photographes qui s’émerveillaient devant une écorce. J’ai touché un tronc qui avait sans doute vu passer trois républiques. Et j’ai repensé à mon père, qui disait toujours : “regarde les arbres, ils savent plus que nous.”
Entrée : 9 €, à vérifier selon la saison.
Le vélorail du Bourbonnais : retour en enfance
Autre ambiance, autre plaisir. Le vélorail de Noyant-d’Allier, c’est typiquement l’activité qu’on prend pour les enfants et qu’on finit par adorer pour soi. On pédale doucement, sur une vieille voie ferrée, entre deux talus, des champs, et des bosquets. Le vent dans le visage, les genoux qui grincent un peu, et ce rire qui revient, presque oublié, celui des après-midis sans montre.
On croise des vaches, parfois un héron. On salue les gens en sens inverse. C’est simple. Et ça fait un bien fou.
Conseils d’Antoine pour une visite sans fausse note
Le meilleur moment pour venir
Je recommande le printemps ou le début d’automne. Pas pour les couleurs – bien qu’elles soient belles – mais pour l’ambiance. En avril, les gens commencent à ressortir, les champs reverdis, et le silence devient plus vivant. En septembre, c’est une autre lumière. Plus dorée. Plus douce.
Ne rien prévoir d’autre
Vraiment. N’y venez pas entre deux rendez-vous. Saint-Ennemond ne se “fait pas”. Il se vit. Marchez lentement. Asseyez-vous. Regardez. Écoutez. Et laissez les choses venir.
Où manger ou boire un verre ?
Le village n’a pas (encore) de restaurant ouvert toute l’année, mais il y a un petit café, au bord d’une route qui descend vers la rivière. On y sert du café filtre dans des mugs dépareillés, et parfois une part de tarte maison. J’y ai passé une heure, à discuter avec un agriculteur à la retraite. Il m’a parlé de la terre, du maïs, des hivers durs. Et c’était bien plus nourrissant que bien des plats étoilés.
FAQ
Le château des Beaux Chevriers se visite-t-il ?
Non. C’est une propriété privée. Mais son allure vaut le détour, ne serait-ce que pour sa présence silencieuse dans le paysage.
Y a-t-il des hébergements à Saint-Ennemond ?
Pas directement. Mais à 10 minutes de voiture, on trouve quelques chambres d’hôtes très correctes, dont une tenue par un couple adorable qui sert des confitures maison. Je peux retrouver l’adresse si besoin.
Peut-on y venir sans voiture ?
Compliqué. Le coin est mal desservi. Une voiture est indispensable, à moins de venir à vélo… ce qui peut aussi être un beau projet.
Combien de temps faut-il prévoir ?
Une demi-journée au minimum. Une journée complète si vous combinez avec Balaine ou le vélorail. Mais évitez de vous presser.
Le village est-il accessible toute l’année ?
Oui, bien sûr. Mais attention, certains lieux sont fermés en hiver (comme l’arboretum). L’été peut être chaud. Je conseille le printemps pour une première fois.